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École privée d’enseignement supérieur

École privée d’enseignement supérieur

L’école privée. Ah quel beau sujet. Tant attendu, je suppose ? L’école privée d’enseignement supérieur. Quel merveilleux article cela ferait. Brisons le silence, révélons à nos parents ce que nous faisons réellement à l’école (ne vous inquiétez pas, ils ne sauront jamais).

 

Très chère école privée, cette chronique t’est dédiée.

 

Comment vas-tu ? Bien, je suppose, étant donné que tu as encaissé mon chèque de 1 390€ hier. Ma chère, toi que j’ai tant idéalisé, toi que j’ai tant désiré, toi qui m’a fait angoisser… Et dire que j’avais peur de ne pas être retenue… J’en ri aujourd’hui. Quelqu’un ici s’est déjà fait recaler par une école privée ? Je serai curieuse de voir ça, tiens.

 

Très chère école, je me souviens que sur le salon de l’étudiant, alors que j’étais fraîchement bachelière, tu m’avais vendu du rêve. Faire une école de communication était prévu depuis mes 14 ans. J’étais sûre, et archi sûre que c’était ça. Certains enfants pensent devenir vétérinaires, pompiers, médecins… Moi je voulais être dans la communication. J’étais loin de me douter que ça engendre une troisième guerre mondiale dans le secteur des écoles de communication.

 

Parce que oui, tu étais privée, très chère école.

 

Comme toutes les autres écoles que j’ai visitées. En réalité, je ne réalisais pas qu’elles étaient tes concurrentes. Et que, pour la plupart, tu les haïssais. Ce qui explique les critiques tranchantes lors des entretiens. « Cette école est trop ceci, celle-là est trop cela ». Alors j’en ai sélectionné deux. Et j’ai passé les concours, la boule au ventre, pendant qu’on sortait son carnet de chèques pour payer… Le droit de concourir, évidemment.

 

Ce n’était que le début d’un long carnet de chèques qui allait voler en fumée.

 

Le jour où je reçois mon admission, après des semaines d’angoisse, j’explose de joie, tellement fière d’annoncer à mes parents l’heureuse nouvelle. Aujourd’hui, je ris encore d’avoir été si naïve.

 

Ah, l’école privée… Très chère école privée.

 

Pendant 3 ans, j’ai eu la chance de longer tes couloirs et squatter les salles Mac. Une salle Mac, c’est ouf non ? Je trouvais ça ouf, je trouvais que j’avais de la chance. Et, j’en avais.

 

Dans une école privée, il n’y a pas de professeurs. Ce sont des professionnels de la communication, qui sont appelés “intervenants” et qui viennent témoigner de leurs propres expériences. En école privée, tu n’as pas de vacances scolaires. Tu as des immersions professionnelles. Tes stages ne durent pas 12 semaines, mais plutôt entre 4 et 6 mois. Contrairement à la FAC, les écoles privées sont à taille humaine. Tout le monde se connaît, et la porte du directeur est toujours ouverte. Tel était l’argumentaire travaillé des représentants sur le salon de l’étudiant. Et nous ? Bah on y croit.

 

Et on a raison d’y croire, car tout cela est vrai. Très chère école privée, j’ai adoré tes intervenants, tes salles Mac, tes nombreux stages… Ils m’ont permis de trouver d’autres stages. You-hou.

 

Très chère école privée, je t’ai beaucoup aimé.

 

Mais j’ai surtout aimé te détester. Car tu es, en réalité, une entreprise. Un vrai business, avec des concurrents, des investisseurs, un PDG et surtout des clients. Moi, j’étais ta cliente. Mais ton avantage est tel que tu n’avais même pas à nous traiter comme des clients. Nous étions étudiants, des professionnels en formation, comme tu aimais à nous le rappeler.

 

Très chère école privée, si mes parents savaient… 25 heures de cours par semaine, des intervenants qui annulent les cours comme bon leur semblent, des soirées “relations avec les anciens” qui n’ont jamais vu le jour… Entourée de fils et filles à papa qui n’avait qu’une chose à faire : se pointer en cours pour faire plaisir aux parents… Quand moi je culpabilisais presque de faire des études supérieures.

 

Très chère école privée, j’ai passé des années à tes côtés. 4 ans pour être précise. J’attaque ma 5ème année. On m’a dit, à plusieurs reprises, de t’abandonner. De partir voyager. Que je te retrouverai dans quelques mois, voire quelques années. Que j’étais trop jeune pour étudier. Même pas 22 ans et on me demande de te quitter ? Alors, oui, école privée tu permets de faire la fameuse année de césure. Tu nous permets également de faire de l’alternance. Que ça fait envie l’alternance…

 

Que c’est une belle arnaque ! L’alternance oui, mais il existe deux types d’alternance. Une qu’on appelle “stage alterné”. Statut de stagiaire, tu auras. Paye de stagiaire, tu auras. Ecole à payer, tu devras. Et le contrat de professionnalisation. Celui-là, tu ne feras qu’en rêver car statut de salarié, tu devrais avoir, paie de 80 % du SMIC, tu devrais toucher et école, tu n’auras à payer. Et pourquoi ? Car le fameux OPCA de ton entreprise le prendra en charge… Partiellement. Et le reste ? C’est l’entreprise qui met la main au portefeuille. Mais il faut savoir, très chère école, que justement : tu es très chère.